Des élections en 2018, exige Nikki Haley à Kinshasa

L’ambassadeur des Etats-Unis à l’Onu, en visite à Kinshasa, n’a pas mâché ses mots: « Le président de la République doit dire que les élections doivent être organisées en 2018″.

Le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende, s’est efforcé de minimiser la portée de la visite de l’ambassadeur américain aux Nations Unies, Nikki Haley, qui a rang de ministre aux Etats-Unis: elle est venue « évaluer les besoins réels de la Monusco », la mission de l’Onu en République démocratique du Congo, « je n’ai pas entendu autre chose », a-t-il assuré. Un déni qui indique assez combien l’équipe au pouvoir à Kinshasa redoute la visite de la diplomate américaine, connue pour ne pas tourner autour du pot.

Ce vendredi matin, à l’issue d’une rencontre avec le président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), Corneille Nangaa, Nikki Haley a d’ailleurs été on ne peut plus directe: « Si les élections ne sont pas organisées en 2018, la RDC ne pourra pas compter sur l’appui de la communauté internationale et celui des Etats-Unis ».  Et si rien n’avait encore filtré de sa rencontre avec le chef de l’Etat, Joseph Kabila, vendredi après-midi, elle avait déclaré un peu plus tôt: « Le président de la République doit dire que les élections doivent être organisées en 2018″.

Mme Haley a également rencontré vendredi matin les président et vice-président de la Conférence épiscopale, Mgrs Marcel Utembi et Fridolin Ambongo. Selon le communiqué diffusé par la Conférence des évêques, les prélats l’ont priée de « demander au chef de l’Etat un engagement explicite de ne pas se présenter comme candidat aux prochaines élections » et d’ »obtenir des acteurs politiques le respect effectif de la Constitution et l’application intégrale de l’Accord de la Saint-Sylvestre » 2016, qui exigeait des élections avant la fin 2017.

Des délais de plus en plus longs

Après avoir annoncé ces derniers mois plusieurs délais différents pour pouvoir tenir les élections – que le pouvoir kabiliste n’a pas organisées en 2016 comme il le devait – Corneille Nangaa a récemment rendu public celui de « 504 jours » après la clôture des enrôlements d’électeurs (toujours en cours), renvoyant ainsi les scrutins à avril 2019 au plus tôt. Un jeu qui n’est pas sans rappeler celui de l’Ivoirien Laurent Gbagbo qui, arrivé au pouvoir en 2000 à l’issue d’élections jugées « irrégulières », avait réussi à retarder le scrutin dû en 2005 jusqu’en 2010 – et l’avait perdu.

Si la presse congolaise se perdait vendredi en conjectures sur le message personnel du président Donald Trump à Joseph Kabila, on peut en supposer la teneur générale rien qu’au fait qu’il a choisi la très directe Nikki Haley pour le lui transmettre. « En RDC », stigmatisait-elle dans une tribune libre sur le site de CNN avant son départ des Etats-Unis, « le gouvernement ne peut pas fournir des services de base à 8 millions de civils dans le besoin, dont 5 millions d’enfants. Le nombre de personnes déplacées a augmenté au cours de l’année dernière et le pays compte maintenant près de 4 millions de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays – le nombre le plus important de toute l’Afrique ». Et de regretter que le Congo n’ait pas connu d’alternance démocratique depuis son indépendance, en 1960.

Cette semaine, les Etats-Unis avaient rédigé une déclaration commune avec l’Union européenne, la Suisse et le Canada pour protester contre la répression d’un meeting politique du chef du Rassemblement d’opposition Felix Tshisekedi à Lubumbashi, le week-end dernier. Faut-il y voir un effet de la présence au Congo de Mme Haley? Jeudi, pour la première fois depuis septembre 2016 et l’interdiction de toute manifestation et réunion publique de l’opposition – bien que ce soit un droit constitutionnel – Felix Tshisekedi a pu être accueilli par une foule de partisans à l’aéroport de Kinshasa, alors qu’il rentrait de Lubumbashi.

L’opposition réclame des sanctions

Mme Haley était arrivée à Kinshasa mercredi soir par avion militaire, accompagnée d’une trentaine de personnes, civils et militaires. Dès jeudi matin, elle s’est rendue à Goma pour constater les effets de la longue instabilité de cette région truffée de groupes armés. A cette occasion, le coordonateur du Rassemblement d’opposition dans cette province, Jean-Baptiste Kasekwa, a lu publiquement – lors d’un sit in devant le siège de la Monusco qui, exceptionnellement, n’a pas été dispersé par les forces de l’ordre congolaises – un memorandum demandant à l’ambassadeur américain à l’Onu « qu’au 31 décembre M. Kabila ne soit plus reconnu pour représenter la RDC » et que « quelques sanctions ciblées soient prises » contre lui et son entourage.

Et de rappeler les efforts consentis par la communauté internationale, dont les Etats-Unis, « pour que la paix revienne » au Congo dans les années 2000. « Mais on se rend compte aujourd’hui qu’à cause de la volonté de M. Kabila de se maintenir au pouvoir, tous les efforts déployés par la communauté internationale sont réduits à néant. Le Nord-Kivu, le Katanga, les Kasaï sont en proie aux violences« .

Par Marie-France Cros

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