En RD-Congo, Ebola revient mais pas le chaos

Un nouveau foyer du virus Ebola a été détecté dans des villages du nord du pays. Mais les épidémies en RD-Congo sont souvent très vite circonscrites, contrairement à celle qui avait touché l’Afrique de l’Ouest.

C’est au cœur des forêts humides et denses que le virus Ebola a refait surface. Dans la région du Bas-Uélé, au nord de la RD-Congo, trois personnes sont mortes. Et six autres sont malades, présentant toutes les symptômes de cette fièvre hémorragique mortelle. La première victime, un homme de 45 ans, est décédée le 22 avril dernier. Le chauffeur de taxi qui l’a conduit à l’hôpital a succombé peu après. Selon l’OMS, 25 personnes ayant été en contact avec ce premier patient sont sous surveillance.

Depuis l’épidémie qui a meurtri l’Afrique de l’Ouest, de décembre 2013 à mars 2016, toute nouvelle épidémie d’Ebola est redoutée. À l’époque, plus de 11 000 personnes étaient décédées, essentiellement au Liberia, en Sierra Leone et en Guinée. Le virus était alors dans des zones urbaines densément peuplées, et touchait des populations très mobiles peu sensibilisées.

Une zone très éloignée qui limite le risque d’épidémie
Dans le cas de la RD-Congo, les spécialistes sont plus confiants. Le pays est moins pris au dépourvu que ses lointains voisins de l’ouest africain. « Nous savons encore peu de chose, car les équipes arrivent à peine sur place, explique Michel Van Herp, épidémiologiste de Médecins Sans Frontière (MSF). Mais la zone devrait rester circonscrite car elle est isolée et l’alerte a été donnée rapidement. »

De fait, la zone de Likati, où se situent les villages touchés, est perdue dans la forêt équatoriale. Il faut compter deux à trois jours de route pour l’atteindre depuis Kinshasa, la capitale, en raison du manque d’infrastructures dans ce pays grand comme cinq fois la France. Point positif : la maladie risque peu de s’étendre. Mais d’un autre côté, l’acheminent de médicaments, de médecins et matériel médical est lui aussi freiné par l’éloignement.

Le problème de l’acheminement d’aide
L’aide sanitaire pourrait être transportée par avion jusqu’à Kisangani, grande ville du nord-est du pays sur le fleuve Congo, puis de là par la route jusqu’à Buta, la capitale du Bas-Uélé. « Après ça se complique », a expliqué à l’AFP Régis Billaudel, chef de mission de l’ONG d’aide médicale Alima en RDC. Sur la carte, la route ne fait que 144 kilomètres. En réalité, la N4 vers Likati n’est qu’une piste mal entretenue dont la largeur se réduit avec les kilomètres.

La solution pourrait être de passer par les rivières ou les hélicoptères. Dans ce dernier cas, un appui des organisations internationales serait nécessaire pour affréter les appareils. La directrice de l’organisation mondiale de la santé (OMS) pour l’Afrique a assuré le gouvernement de Kinshasa de son « appui technique ». « Les actions sont déjà prises avec le gouverneur [de la province du Bas-Uélé] pour mobiliser le système de santé, mobiliser les équipements, a-t-elle ajouté. Nous sommes prêts à mobiliser nos experts pour venir sur place. »

Huit épisodes d’Ebola en RD-Congo
La RD-Congo fait régulièrement face à des flambées d’Ebola très limitées géographiquement, en raison de la faible mobilité des habitants (lire les repères ci-dessous). La dernière avait eu lieu en 2014, dans la région de Boende à des centaines de kilomètres plus au sud, et avait été circonscrite en moins de trois mois. Depuis la découverte de ce virus en 1978 à Yambuku, au nord du pays, la RD-Congo a connu huit poussées d’Ebola. Au total, moins de 800 personnes ont trouvé la mort.

La forme la plus courante de la fièvre hémorragique dans ce pays est la souche Zaïre, la même qui était à l’origine de l’épidémie en Afrique de l’Ouest. L’OMS reconnaît cinq espèces de virus Ebola : Zaïre, Bundibugyo, Soudan, Reston et Forêt de Taï, mais les trois premières sont responsables de la majorité des victimes. Le virus Ebola est transmis par les animaux sauvages et est mortel dans environ la moitié des cas. « La forêt équatoriale en RD-Congo est un réservoir gigantesque pour Ebola, avec la présence de chauves-souris vecteurs de la maladie », analyse Michel Van Herp.

D’homme à homme, la transmission se fait par les fluides corporels. Pour l’instant, seuls les symptômes de la maladie sont traitables. Après l’épidémie en Afrique de l’Ouest, plusieurs vaccins sont à l’essai. Des milliers de personnes ont déjà été piquées en Guinée dans le cadre d’une première campagne à l’échelle réelle. « Mais ce vaccin doit être conservé à des températures très froides, raconte l’épidémiologiste de MSF. Et dans les régions reculées de RD-Congo, la chaîne du froid est impossible à assurer ».

► Les précédents cas d’Ebola en RD-Congo
2014. Alors que l’Afrique de l’Ouest est ravagée par le virus, 66 cas d’Ebola sont recensés dans la province de l’Équateur, au nord-ouest du pays. Dans un pays qui a l’habitude d’une telle maladie, des mesures sont rapidement prises et 49 personnes meurent entre août et novembre.

2012. La souche Bundibugyo du virus est responsable de 62 cas de fièvre hémorragiques, dont 34 morts, dans la région d’Isiro à l’est du foyer actuel.

2008-2009. Cette épidémie est la dernière à s’être déclarée dans le sud du pays, dans la province du Kasaï-Occidental. un peu plus d’une trentaine de personnes sont touchées, et 15 décèdent.

2007. La dernière grande épidémie d’Ebola en RD-Congo a fait 187 morts sur plus de 250 personnes contaminées par la souche très virulente de type Zaïre, dans la région du Kasaï-Occidental au sud du pays.

1995. Localisée à une centaine de kilomètres à peine de la capitale de ce qui est alors le Zaïre, cette épidémie est l’une des plus meurtrières dans le pays : près de 250 personnes meurent, sur 317 cas.

1977. Loin d’être une épidémie, un unique décès dû au virus Ebola a été reconnu dans le village isolé de Tandala. Relevé rétroactivement, ce cas est surtout un symbole de la difficulté de diagnostic face à des symptômes communs à plusieurs virus équatoriaux.

1976. La toute première épidémie d’Ebola enregistrée a fait 280 morts dans la région reculée de Yambuku, au nord de l’ancien Zaïre. C’est d’ailleurs la rivière Ebola à proximité de ce premier foyer identifié qui a donné son nom au virus.

Audrey Dufour

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