En RD Congo, le clan Kabila bâillonne l’opposition pour se maintenir au pouvoir

Dans un rapport publié mardi, l’ONU s’inquiète de la répression en RD Congo. Le président Kabila est accusé de vouloir se maintenir au pouvoir en retardant la tenue du scrutin présidentiel et en bâillonnant l’opposition.
« Menaces, arrestations, détentions arbitraires. » Dans leur rapport sur la situation du RD Congo, publié mardi 8 décembre, les Nations unies dénoncent un nombre croissant d’intimidations ciblant « principalement des professionnels des médias, des membres de la société civile et des opposants politiques ».

La Mission de l’ONU au Congo (Monusco) et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les droits de l’Homme ont documenté pas moins de « 143 violations des droits de l’Homme en lien avec le processus électoral » au cours des trois premiers trimestres de 2015, période pendant laquelle « au moins 649 personnes ont été arrêtées et détenues arbitrairement ».

Kabila dans une impasse

Initialement prévue en novembre 2016, l’élection présidentielle congolaise risque très fortement d’être retardée. Aucun préparatif n’ayant été initié par le gouvernement. En janvier 2015, de violentes émeutes avaient éclaté à Kinshasa, la capitale congolaise, après que le gouvernement a tenté de faire passer une loi dont un alinéa conditionnait la tenue de l’élection présidentielle à un recensement préalable de la population. Dans ce pays de près de 75 millions d’habitants, le processus aurait retardé le scrutin, permettant ainsi au président Kabila de se maintenir au pouvoir.

Le texte a finalement été retiré mais Joseph Kabila, à la tête du RD Congo depuis 2001, n’entend pas pour autant quitter son poste en 2016. « Kabila est dans une impasse car il ne peut pas changer la Constitution », explique à France 24 Thierry Vircoulon, le directeur de la section Afrique centrale à l’International crisis group (ICG). « Un article de la Constitution congolaise stipule que l’on peut tout changer dans le texte sauf le nombre de mandats du président », ajoute-t-il.

Dialogue national

Le clan du président a donc choisi de se maintenir en ralentissant le processus électoral. Dernière initiative en date : la convocation d’un dialogue national. « Kabila cherche à gagner du temps mais il va se trouver mis face à un paradoxe parce que, lors de ce dialogue national, il va devoir s’expliquer sur le retard qu’a pris l’élection alors qu’il en est lui-même l’auteur », décrypte Thierry Vircoulon.

Depuis plusieurs mois, le climat est extrêmement tendu dans le pays. La capitale a connu un regain de tension ces derniers jours lorsque, le 2 décembre, le procureur général de la République à Kinshasa, Flory Kabange Numbi, a averti tous ceux qui « appellent la population à descendre dans la rue » en invoquant l’article 64 de la Constitution qu’ils étaient « passibles des peines prévues par la loi ». Cet article dispose que « tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions » de la loi fondamentale.

Dans un communiqué, l’Action congolaise pour l’accès à la justice (ACAJ), une ONG de défense des droits de l’Homme, a répondu à ces déclarations en affirmant que « les libertés d’association, de réunion pacifique et de manifestation sont des droits fondamentaux garantis » et que « l’exercice de ces libertés dans les conditions prévues par les lois ne peut en aucun cas constituer une infraction ».

« On peut toujours jouer la carte de la violence pour éviter une élection »

Quelques jours plus tard seulement, le 6 décembre, l’ONG s’est fendue d’un nouveau communiqué dénonçant « l’enquête administrative » lancée par le gouvernement contre 33 ONG de défense des droits de l’Homme.

Face à la multiplication des privations de liberté d’expression et des tentatives répétées du pouvoir de gagner du temps, Thierry Vircoulon estime que les émeutes pouvaient se multiplier en RD Congo. Resterait alors à Joseph Kabila « une seule voie possible pour se maintenir au pouvoir : décréter l’état d’urgence », en prenant comme prétexte les exactions des groupes armés dans l’est du pays.

« Cela fait partie des choses qui sont arrivées dans le passé au Congo. À son époque Mobutu [Mobutu Sese Seko président de RD Congo de 1965 à 1971, il exerce ensuite un régime autocratique de 1971 à 1995 du pays rebaptisé Zaïre, ndlr] n’hésitait pas à utiliser la violence. On peut toujours jouer la carte de la violence pour éviter une élection. »

france24

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