Les Rwandais ouvrent la voie à un troisième mandat de Paul Kagame

Large victoire du « oui » vendredi 18 décembre au référendum révisant la Constitution, selon les premiers résultats officiels partiels.

Le « oui » en faveur de la réforme constitutionnelle obtient 98,13 % des voix, contre 1,71 % au « non », selon des résultats officialisés samedi 19 décembre par la Commission électorale et portant sur 21 des 30 districts, soit 70 % du pays.

OBSTACLE CONSTITUTIONNEL LEVÉ POUR PAUL KAGAME
Quelque 6,4 millions de Rwandais étaient conviés aux urnes vendredi, invités à répondre par oui ou non à la question suivante : « Êtes-vous d’accord avec la Constitution de la République du Rwanda telle que révisée pendant l’année 2015 ? ».

Si plusieurs articles ont été modifiés en novembre par le Parlement, l’attention s’est concentrée sur les deux nouveautés concernant le mandat présidentiel. Jusqu’à présent, un chef de l’État ne pouvait briguer un troisième septennat.

Or, si le nouvel article 101 maintient cette limite, tout en abaissant la durée du mandat de sept à cinq ans, une nouvelle disposition stipule que la réforme n’entrera en vigueur qu’en 2024, après un ultime septennat transitoire. Dans ces conditions, le « président en exercice » sera éligible en 2017, de même qu’aux deux quinquennats suivants.

UNE VICTOIRE NETTE POUR PAUL KAGAME
Cette révision avait été présentée comme une initiative populaire par les autorités, 3,7 millions de Rwandais ayant demandé par pétition un maintien au pouvoir de M. Kagame après 2017.

Paul Kagame est l’homme fort du Rawanda depuis juillet 1994 : à l’époque, sa rébellion du Front patriotique rwandais (FPR) avait chassé de Kigali les extrémistes hutu et mis fin au génocide qu’ils avaient déclenché trois mois auparavant (800 000 morts, essentiellement membres de la minorité tutsi).

Élu en 2003 à la tête du pays, puis réélu en 2010 – chaque fois avec plus de 90 % des voix –, Paul Kagamé, âgé de 58, n’a pas encore dit s’il se représenterait à nouveau en 2017. L’ampleur du vote en faveur du « oui » devrait l’inciter à franchir le pas.

INQUIÉTUDE DE LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE
La révision constitutionnelle a été sévèrement critiquée par les partenaires internationaux du Rwanda, États-Unis en tête, qui ont appelé le président à quitter le pouvoir en 2017. Aux yeux de Washington, « personne n’est indispensable ».

De son côté, l’Union européenne (UE) a estimé que cette réforme était menée dans l’intérêt d’un « individu seulement », non du pays. La délégation de l’UE à Kigali a également critiqué le « manque de temps et d’espace accordés pour le débat », en notant que le texte de la Constitution révisée n’avait été publié que « moins d’un jour avant le vote ».

Le référendum n’a par ailleurs été annoncé que dix jours avant le scrutin, ce qui a privé le pays d’une véritable campagne. « Après des années d’intimidations de la part du gouvernement les manifestations publiques de désaccord sont rares », a observé Carina Tertsakian de l’ONG Human Rights Watch, considérant que le résultat du référendum n’était pas une surprise.

Paul Kagame a balayé ces critiques, dénonçant l’immixtion de la communauté internationale dans les affaires rwandaises.

la-croix.com

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