Martin Fayalu candidat unique de l’opposition à la présidentielle

Les principaux leaders de l’opposition politique congolaise ont réussi leur pari ce week-end à Genève. Réunis sous l’égide de la Fondation Kofi Annan et de son directeur exécutif le Britannique Alan Doss, Moïse Katumbi, Jean-Pierre Bemba, Adolphe Muzito, Vital Kamerhe, Félix Tshisekedi, Martin Fayulu et Freddy Matungulu sont parvenus à s’accorder sur une feuille de route pour les élections du 23 décembre et ont aussi réussi à se choisir un candidat commun : Martin Fayulu.

Accord politique

Depuis des semaines, ces sept-là travaillent à l’élaboration d’une base commune qui doit permettre à l’opposition politique congolaise de parler d’une même voix face à la plateforme issue de la majorité qui porte la candidature d’Emmanuel Ramazani Shadary, le dauphin désigné par le président hors mandat Joseph Kabila.

Un premier accord politique était sur la table depuis la fin du mois d’octobre, rédigé en Afrique du Sud par les représentants des sept leaders. Il définissait les grandes lignes du combat à mener pour aboutir enfin à des élections crédibles et à l’alternance du pouvoir, évoquant la nécessité d’éliminer le vote électronique (la machine à voter), de revoir le fichier électoral (largement corrompu avec près de 10 millions d’électeurs « douteux »), de refuser le boycott et d’envisager un appel au peuple à se prendre en charge (comme le permet la Constitution congolaise dans son article 64) si le pouvoir force la tenue du scrutin sans tenir compte des exigences de l’opposition, qui découlent du respect de la Constitution ou de la loi électorale.

Les sept leaders de l’opposition présents à Genève ont remodelé le texte et se sont surtout engagés à le faire respecter ensemble, en créant une grande coalition politique baptisée « Lamuka ».

Le troisième larron

Un travail assez rapidement réalisé le samedi en journée. Restait alors la partie la plus sensible de cette réunion : faire émerger un candidat unique pour la présidentielle. Sur les sept leaders, trois sont empêchés de concourir pour des motifs juridiques parfois surréalistes (Katumbi, Bemba, Muzito). Quatre candidats restaient en lice. Rapidement, l’équipe de facilitation de la Fondation Kofi Annan a décidé d’extraire les sept leaders du lieu de négociation pour les placer dans un endroit à l’écart de tout et de tous. De quoi rappeler le conclave des cardinaux chargés de désigner le nouveau Pape.

Pas de fumée blanche, le samedi soir. « Il fallait s’y attendre, nous sommes ici pour désigner le candidat de l’opposition qui sera amené à diriger la RDC », nous expliquait un expert d’un parti politique. Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba avaient tous les deux déclarés à La Libre qu’ils savaient que cette négociation serait difficile mais qu’ils ne sortiraient pas sans un nom. Dimanche, après une petite nuit de sommeil, retour au conclave pour les sept leaders. La facilitation proposait de passer au vote à deux tours. Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe apparaissaient comme les principaux favoris mais, comme souvent dans ce scénario, à force de chercher à affaiblir l’autre, ils ont mis en avant les deux outsiders : Fayulu et Matungulu. Finalement, c’est le patron de la formation politique ECiDé qui décrochait le ticket. Les sept leaders sont ensuite revenus devant la presse pour confirmer leur engagement et annoncer le nom du candidat. Martin Fayulu est le candidat unique de l’opposition. Soutenu par Katumbi, Bemba, Tshisekedi et Kamerhe, l’avocat part avec une énorme longueur d’avance en cas de scrutin « démocratique ». L’homme a démontré lors de précédentes manifestations qu’il n’avait pas peur de descendre dans la rue pour ses idées. La campagne s’annonce rude.

Hubert Leclercq via lalibre.be