RDC : Kinshasa joue sa dernière carte à l’Europe

Le sommet de l’Union africaine à peine terminé, la délégation diplomatique de la République démocratique du Congo, qui n’a eu de cesse de dire tout le mal qu’elle pensait de l’Union européenne et de ses sanctions à Addis-Abeba, met le cap sur Bruxelles.

Ce mercredi 5 juillet, le ministre des Affaires étrangères congolais, She Okitundu, est attendu face au Haut Représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, l’Italienne Frederica Mogherini. Une visite qui s’apparente à une mission de la dernière chance pour une RDC sans le sou et qui espère que le FMI ouvrira dans les prochains jours les cordons de sa bourse.

Une délégation du Fonds monétaire international est attendu ce vendredi à Kinshasa. Au même moment, Corneille Naanga, le président de la CENI sera devant l’Organisation internationale de la Francophonie.  Ce 7 juillet sera donc la journée de tous les dangers pour le Congo. Lors de la dernière visite du FMI à Kinshasa, au printemps, le chef de la délégation, Mario de Zamaroczy n’y était pas allé avec le dos de la cuiller pour dépeindre la situation économique et politique catastrophique de la RDC. Pour envisager de demander de débloquer des fonds, M. Zamaroczy avait  mis trois conditions très claires : la mise en place du Comité national de suivi de l’accord (CNSA) avec son président, l’application des mesures de décrispation politiques et, enfin, un calendrier électoral clair et un engagement irrévocable de s’en tenir à la date prévue pour les élections.

Rien n’a été fait

Deux mois plus tard, force est de s’interroger sur les points positifs que pourraient découvrir la délégation du FMI. Certes, on évoque  dans les couloirs du pouvoir la mise en place du CNSA. Mais un CNSA complètement vidé de sa substance, le reste de l’accord de la Saint-Sylvestre ayant été proprement enterré par le clan Kabila.

Pour ce qui est de la décrispation, le cas le plus emblématique, celui de Moïse Katumbi, est plus que significatif. Alors que le comité des droits de l’homme de l’Onu de Genève a appelé le gouvernement congolais à laisser rentrer M. Katumbi en homme libre pour qu’il puisse mener en toute sécurité son éventuelle campagne électorale, le ministre de la justice congolaise, M. Alexis Thambwe, contre lequel une instruction est ouverte en Belgique  pour crime contre l’humanité, a expliqué doctement que la demande de comité  des Nations unies n’avait pas lieu d’être et que s’il rentrait au pays, Moïse Katumbi serait renvoyé, au mieux, devant les tribunaux. Au pire en prison.

Enfin, pour ce qui est des élections qui doivent se tenir « selon le calendrier prévu », la réponse du président Kabila lors d’une interview au magazine allemand Der Spiegel était désarmante de limpidité sur cette question de l’organsiation de ce scrutin fin 2017 : « je n’ai rien promis ».

Bref, aucune des demandes du FMI n’a été entendue. Dans ce contexte, impossible d’imaginer que l’institution financière ne décaisse le moindre dollar malgré une crise économique qui ne fait chaque jour que s’accentuer en RDC. « Les réserves de change sont quasi nulles. Une ou deux semaines maximum », selon divers analystes pour lesquels la Banque centrale congolaise ne fait que retarder l’échéance en faisant tourner la planche à billets, ce qui engendre inévitablement une inflation qui faisait dire au FMI, lors de sa dernière visite à Kinshasa, que le taux de change du dollar devrait avoisiner les 2000 francs congolais à la fin de cette année (pour 1000 FC il y a un an).

Plaidoyer humanitaire

Que peut venir « vendre » ce mercredi le ministre congolais des Affaires étrangères à l’Europe ? « La rengaine traditionnelle, explique un expert financier. Sans argent, la crise économique sera encore plus intense au Congo et ce seront les plus faibles qui trinqueront le plus. Aidez-nous à les aider et, en échange, on vous promet d’être bien sages. On vous promet que politiquement on sera irréprochable ». Car désormais, dans ce dossier, c’est le politique qui est au centre de la pièce. Si l’Europe lâche du lest face à l’actuel pouvoir congolais, celui-ci peut espérer que le FMI suivra. Dans le cas contraire, il sait que l’espoir d’une inflexion du FMI sera proche de zéro.

« Aider ce gouvernement, ce n’est pas aider ce peuple »

Frederica Mogherini, habituée à ce petit jeu est-elle susceptible de tomber dans le piège. « Elle n’est pas dupe. Elle gère crise ur crise depuis de longs mois maintenant et connaît bien le dossier congolais. Des promesses, elle en a entendues des tas. Du concret, elle n’a jamais rien vu venir« , enchaîne un diplomate européen. Qui poursuit : « Le plus fou, c’est que les responsables congolais ne doutent de rien. Ils pensent que nous ne savons pas ce qui s’est dit au sommet de l’Union africaine. Et au sortir de ceci, ils viennent nous jouer la sérénade. Le pouvoir congolais est le seul responsable de la crise qui sévit aujourd’hui dans ce pays. C’est terrible pour ces millions de Congolais qui sont pris en otages. Aider le gouvernement, ce n’est pas aider ce peuple. »

Le refus d’accueillir une misson d’enquête internationale sur les crimes perpétrés au Kasaï reste aussi dans toutes les mémoires.

La sortie ce mardi de Madame Mogherini sur le soutien des Etats candidats à l’adhésion à l’Union européenne (Macédoine, Montenegro, Albanie, mais aussi de pays comme la Moldavie, l’Islande ou le Liechtenstein) aux sanctions contre des responsables du régime congolais doit être lu, selon notre expert européen, comme un signal envoyé à la délégation de Kinshasa : « Plus personne ne croit aux promesses de ce régime », conclut-il… « même plus les évêques catholiques ».

Appel du clergé

Une conclusion en forme de boutade qui prend tout son sens en République démocratique du Congo après l’appel des évêques au peuple congolais. Dans une lettre publique les évêques congolais ont en effet appelé  le peuple à se mettre « debout » pour qu’une transition ait lieu dans leur pays et que des élections se tiennent en 2017 comme prévu dans l’accord de la Saint-Sylvestre.

lalibre.be

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