RD Congo : les recalés se rebiffent

Quatre des six candidats recalés dont Jean-Pierre Bemba ont déposé leur recours devant la Cour constitutionnelle. Verdict le 19 septembre.

En RD Congo, c’est le branle-bas de combat pour trois anciens Premiers ministres, Samy Badibanga, Antoine Gizenga et Adolphe Muzito, mais aussi Jean-Pierre Bemba, président du Mouvement de libération du Congo (MLC). Ces quatre ténors de la politique RD congolaise ont décidé de déposer des recours devant la Cour constitutionnelle en récation au rejet de leur candidature par la commission électorale nationale et indépendante (Ceni).

Quatre candidats recalés déposent des recours

L’opposition et des mouvements citoyens doutent autant de l’indépendance de la Cour que de celle de la commission électorale nationale indépendante (Ceni). L’opposition a accusé la Ceni d’obéir aux « injonctions » du pouvoir du président Joseph Kabila pour éliminer ses candidats.

En conférence de presse samedi 25 août 2018 après l’invalidation de sa candidature à la présidentielle, rapporte Actualite.cd, Adolphe Muzito a accusé la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de « s’être trompée et d’avoir mal travaillé ». Pour lui, l’invalidation de sa candidature relève de la stratégie du pouvoir pour écarter les candidatures « sérieuses », conclut le site web.

Pour le MLC de Jean-Pierre Bemba, pas question pour autant de boycotter l’élection. « Voyons voir ce que la suite va nous réserver au niveau de la Cour constitutionnelle », a temporisé sur France 24 Jean-Pierre Bemba. « Pour autant que la Cour soit indépendante », a-t-il ajouté. Écarté en raison de sa condamnation pour subornation de témoins devant la Cour pénale internationale (CPI), son parti avance que « tant que la peine en appel n’a pas été prononcée, sa condamnation en première instance ne peut servir d’argument pour l’exclure ».

Ève Bazaiba, secrétaire générale du MLC, a déclaré : « Conformément à la volonté du peuple, nous sommes venus utiliser toutes les voies de droit pour la réhabilitation de la candidature du sénateur Jean-Pierre Bemba à la présidentielle pour les scrutins du 23 décembre 2018. Maintenant, la Cour constitutionnelle va statuer sur le fond parce que la subornation n’a rien à voir avec l’infraction de corruption. Donc c’est des inepties de droit de faire des analogies », a-t-elle conclu.

Même son de cloche chez les partisans d’Antoine Gizenga, 92 ans, un lumumbiste historique. Leur rassemblement a fait craindre des débordements, au point que lundi matin, une présence policière inhabituelle était visible dans l’enceinte de la Cour, a constaté une journaliste de l’AFP. Ancien Premier ministre de Joseph Kabila (2006-2008), Gizenga a aussi vu sa candidature recalée par la Cour, parce qu’il n’aurait pas signé lui-même les formulaires (« défaut de qualité du signataire »). Tout comme Adolphe Muzito, lui aussi ancien Premier ministre, retoqué pour «  conflit d’intérêts avec le Palu qui conteste sa candidature  ».

Pouvoir et opposition s’affrontent encore !

Deux autres candidats ont été disqualifiés pour «  défaut de nationalité (congolaise) d’origine  » : l’ancien Premier ministre d’ouverture Samy Badibanga (novembre 2016-avril 2017) et la candidate Marie-Josée Ifoku Mputa, une haute fonctionnaire. La double nationalité est interdite en droit congolais. Badibanga, «  Congolais d’origine  », «  a déposé sa déclaration de recouvrement de la nationalité congolaise après sa renonciation à sa nationalité belge d’acquisition  », selon un extrait du Journal officiel du 7 décembre 2016 reproduit par la Libre Belgique.

«  Je suis congolaise d’origine par mon père et par mère  », s’est défendue Mme Ifoku Mputa jointe par l’AFP. «  Pendant un temps, j’ai acquis la nationalité canadienne. En 2011, j’y ai renoncé parce que je savais que j’allais entrer en politique. J’ai reçu un document de répudiation des autorités canadiennes. J’ai recouvré ma nationalité congolaise d’origine  », plaide l’ex-vice-gouverneure de la province de la Tshuapa.

« Il n’y a pas d’inclusivité en dehors de la Constitution, en dehors des normes légales », a répondu le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, sur la télévision nationale RTNC. « Pourquoi Joseph Kabila serait-il le seul à respecter la loi ? », a-t-il ajouté. Le président, qui ne pouvait pas se représenter, a finalement désigné un dauphin après deux reports des élections depuis la fin de ses mandats en décembre 2016.

« Le verdict de la Cour constitutionnelle est connu d’avance », s’est insurgé sur Twitter le mouvement citoyen Lutte pour le changement (Lucha). Lucha cite le nom du président de la cour, Benoît Lwamba, ancien conseiller du président Kabila, et du juge Norbert Nkulu, un des trois juges nommés il y a quelques semaines et qui passent pour des fidèles.

Dans tous les cas, la Cour a dix jours pour se prononcer. La publication de la liste définitive des candidats est prévue le 19 septembre, à trois mois des élections annoncées le 23 décembre.

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