Katumbi et Bemba défient Kabila !

Jean-Pierre Bemba sera à Kinshasa le mercredi 1 août. L’ancien vice-président espérait pouvoir aller se recueillir sur la tombe de son père décédé durant son incarcération à la CPI. Ses supporters à Gemena avaient commencé à préparer la réception de leur champion. Ils devront patienter quelques jours, l’autorité de l’aviation civile congolaise n’a pas autorisé Jean-Pierre Bemba a se poser à Gemena en venant de Bruxelles. Il devra d’abord passer par la case Kinshasa avant de se rendre dans le fief familial de Gemena.

Son retour à Kinshasa sera synonyme de jour de tension pour le pouvoir en place. Personne n’a oublié la haie d’honneur compacte formée par des millions de Kinois lors du retour d’Etienne Tshisekedi à l’été 2016. Ceux qui se souviennent du premier tour de la présidentielle de 2006 n’ont pas oublié non plus l’entrée de Bemba à Kinshasa à quelques jours du scrutin. Ce jour-là, à peine sorti de l’aéroport, Bemba avait fait arrêter son convoi pour répondre aux cris du peuple de Kinshasa qui voulait le voir. Bemba et son épouse étaient alors sortis de leur véhicule pour parcourir, plusieurs kilomètres à pied sous un soleil brûlant et devant une foule inoubliable.

Démonstration de force

Qu’en sera-t-il cette fois ? Le pouvoir de Joseph Kabila craint comme la peste les rassemblements trop massifs et donc incontrôlables. S’il en a la possibilité et si ses troupes parviennent à bien communiquer sur ce retour – ce qui semble être déjà le cas – Jean-Pierre Bemba voudra faire de ce retour une démonstration de force. Faut-il s’attendre à ce qu’il parcourt une partie du chemin à pied ? Pas certain que les autorités le laisseront faire. Mais si la foule est dense, le « chairman » pourrait avoir des fourmis dans les jambes.

On peut s’attendre à ce que le peuple de Kin, frondeur, surtout dans les communes populaires les plus proches de N’djili, se mobilisent pour voir Bemba et pour défier Kabila.

Katumbi, vendredi à Lubumbashi

Le retour de Bemba sera toujours dans toutes les mémoires quand Moïse Katumbi devrait atterrir à Lubumbashi, son fief et celui de deux grands partis du G7 (ceux de Kyungu et de Mwando). S’il obtient l’autorisation d’atterrir à l’aéroport de Luano, nul doute que la démonstration de force sera, ici aussi, au programme. Lubumbashi, le Katanga, ancienne mouture, avant la découpe de 2016, constituent le socle de Moïse Katumbi. L’homme y a fait son business et y a jeté les bases de son parcours politique.

Ici aussi, même à plus de 1500 kilomètres de la capitale, la Kabilie, qui a toujours présenté cette province comme sa base naturelle, n’a pas envie de voir le « gouv » defier son autorité devant une foule compacte. Ici encore, on se souviendra de la foule immense venue accueillir Moïse Katumbi le 23 décembre 2014, lors de son retour après quelques semaines d’absence. C’est face à cette foule de plusieurs centaines de milliers de personnes, réunies dans le centre de Lubumbashi, que Moïse Katumbi avait lancé les premières bandrilles contre le régime de Joseph Kabila et contre sa volonté de s’accrocher au pouvoir en modifiant la Constitution. Le discours, déjà entré dans l’histoire du pays, est connu comme celui du refus du « 3e penalty », en référence au troisième mandat que lorgnait déjà alors Kabila.

Un parallèle avec le monde du foot qui prend tout son sens à Lubumbashi, pays du Tout Puissant Mazembe, un des principaux clubs de la RDC et du continent africain qui est la propriété de Moïse Katumbi.

Les menaces de Thambwe

A Lubumbashi, où il est attendu vendredi, personne n’a oublié la dernière sortie publique de Moïse Katumbi, le 13 mai 2016. Ce jour-là, déjà,; une foule immense l’avait accompagné jusqu’au tribunal de Lubumbashi où il était attendu pour sa troisième comparution dans un dossier de spoliation immobilière peu crédible. Ce jour-là, la police n’avait pas hésité à… jeter des projectiles sur l’ex-gouverneur, tandis qu’un policier masqué et casqué l’agressait avec une seringue. Le soir même, Moïse Katumbi devait être hospitalisé avant de devoir être avacué sur Johannesburg dans un avion médicalisé.

Moïse Katumbi, c’est l’ennemi n°1 de la Kabilie. Le ministre de la Justice, Alexis Thambwe, a martelé qu’il irait en prison dès qu’il remettrait un pied en RDC. Ses avocats, tant en RDC qu’en France, ont démontré, comme les évêques chargés d’enquêter avant eux, que ces dossiers à charge de M. Katumbi étaient des « farces ». Le bras de fer est entamé. La semaine qui s’annonce sera torride. La campagne présidentielle peut commencer.

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